

Lorin et Tian traversent le lagon
Un dauphin très rapide, une étoile de mer très lente, et un lagon qui ne se montre qu'à ceux qui ralentissent.
- 1Trois fois plus vite2:41
- 2Le rythme de Tian2:46
- 3Le ruban de lumière2:42
Le lagon brillait comme un grand plat de lumière. L'eau était tiède et verte, si claire qu'on voyait le sable onduler tout au fond. Lorin le dauphin bondit une fois — puis deux — et retomba dans une gerbe d'écume. Là-bas, tout au bout, l'eau devenait lisse et rose. C'était là qu'il voulait aller.
« Tian ! Regarde là-bas ! » appela Lorin en tournant sur lui-même. « Au bout du lagon, l'eau devient toute calme au coucher du soleil. Rose, puis dorée… puis douce comme un rêve. » Il tapa l'eau du bout de sa nageoire. « J'y vais. Tu viens avec moi ? »
Sur sa pierre tiède, Tian ouvrit un bras. Puis un deuxième. L'étoile de mer faisait toujours les choses lentement, comme si chaque geste méritait d'être bien fait. « Je viens, dit-elle. Mais j'avance à ma façon. » Lorin fit un looping. Attendre ? Il ne savait pas très bien ce que ça voulait dire.
Alors il partit. Vraiment partit. Son corps gris fila comme une flèche, l'eau claqua derrière lui, les bulles se mirent à chanter. En quelques instants, la pierre de Tian n'était plus qu'un petit point. Lorin fit demi-tour, revint en trombe, freina dans un nuage de sable. « Tu es toujours là ? »
Tian avait avancé de trois petits pas d'étoile. Trois. Elle souriait, patiente, un bras posé sur un galet tout rond. Alors Lorin repartit. Il fonça jusqu'au rocher pointu, revint. Fonça jusqu'aux herbes vertes, revint. Fonça jusqu'au banc de sable… et revint encore.
À la fin, Lorin s'arrêta net. Il soufflait fort. Il avait nagé trois fois plus que Tian — peut-être quatre — et pourtant il n'était pas plus avancé qu'elle. Le pire, c'est qu'il n'avait rien vu du tout. Ni le sable. Ni les poissons. Ni la lumière. Juste de l'eau qui passait très vite.
« Lorin », dit Tian de sa toute petite voix. « Tu vas si vite que le lagon n'a pas le temps de te dire bonjour. » Elle leva doucement un bras vers le fond. « Essaie mon rythme. Rien qu'un moment. » Lorin regarda le bout du lagon, si loin, si rose. Puis il regarda Tian. Et il dit oui.
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