Ombi s'endort avant la nuit
Prête à être écoutée· Chapitre 1 sur 5
Ombi s'endort avant la nuit
5+14 minfr
Prête à être écoutée
0:00
14:20
Chapitres
  • 1La berceuse d'Ombi2:52
  • 2La nuit qui ne commençait pas2:52
  • 3Stella d'un bout du ciel à l'autre2:52
  • 4Le réveil tout gêné d'Ombi2:55
  • 5La nuit qui se souvenait2:49
Texte synchronisé

Texte de l'histoire

La berceuse d'Ombi
Ombi s'endort avant la nuit

Tout en haut du ciel, là où l'air sent le froid propre et les rêves, vivait Ombi. Un esprit de lune, rond et argenté… doux comme un galet poli par la mer. Chaque soir, il se penchait au-dessus de la forêt et versait sa clarté sur les toits, sur les feuilles, sur les museaux endormis.

Ombi avait un ordre bien à lui. D'abord les fleurs — il soufflait dessus, tout doucement, et elles refermaient leurs pétales comme des mains autour d'une bougie. Ensuite les ruisseaux, qu'il rendait plus lents. Puis les oiseaux, un par un, jusqu'au dernier, qui protestait toujours un peu.

Après venaient les chouettes. Elles ouvraient les yeux au moment précis où Ombi passait au-dessus du grand chêne. C'était leur signal depuis toujours. Et tout en bas, dans les maisons, les enfants sentaient une lueur tiède glisser sur leur couverture… et leurs paupières devenaient lourdes.

« Dors, forêt… dors, rivière… dors, petite fenêtre allumée », chuchotait-il. Sa voix ne montait jamais. Elle descendait — comme une plume qui trouve enfin le sol. « Je suis là. Je reste. Personne ne veille tout seul cette nuit. » Il répétait cette berceuse depuis si longtemps qu'il ne se souvenait plus de son tout premier soir.

Mais ce soir-là, quelque chose était différent. Ombi se sentait lourd. Pas triste — lourd. Comme après une très longue marche. Il avait bercé tant de nuits, tant d'hivers, tant de petits qui avaient grandi depuis… et il n'avait jamais, pas une seule fois, fermé les yeux lui-même.

Il s'appuya contre un nuage. Juste un instant, se dit-il. Le nuage était tiède et un peu duveteux, comme un oreiller qu'on retourne du bon côté. Ombi laissa sa lumière baisser d'un tout petit peu. Puis d'encore un peu. Le ciel autour de lui devint gris tendre, gris doux, gris presque rien.

Ses paupières descendirent… remontèrent… redescendirent. « Une minute », murmura-t-il. Le nuage, gentil, glissa lentement par-dessus lui, comme on remonte une couverture sur quelqu'un qu'on aime. Et Ombi — l'esprit de la lune, celui qui endort le monde entier — s'endormit le premier.

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