Faye, Sorin et la nuit des questions
Prête à être écoutée· Chapitre 1 sur 5
Faye, Sorin et la nuit des questions
6+14 minfr
Prête à être écoutée
0:00
14:26
Chapitres
  • 1La nuit des questions3:09
  • 2Où va la lumière quand elle s'éteint ?2:58
  • 3Est-ce que les arbres rêvent ?3:11
  • 4La question grise2:29
  • 5Le bocal qui veille2:39
Texte synchronisé

Texte de l'histoire

La nuit des questions
Faye, Sorin et la nuit des questions

Il y a des nuits où la forêt ne dort pas. Pas une seule paupière. Les feuilles restent ouvertes, les nids remuent doucement, et même la mousse semble tendre l'oreille. Cette nuit-là était exactement comme ça. L'air sentait la terre tiède et l'écorce mouillée… et quelque chose flottait entre les branches.

On aurait dit des papillons de nuit. Mais ce n'en étaient pas. C'étaient des questions. De vraies questions, avec des ailes fines comme du papier de soie. Elles montaient des terriers, des nids, des oreillers de mousse. Chaque fois qu'un petit animal n'arrivait pas à dormir, une question s'envolait de sa tête et partait se promener toute seule.

Faye ouvrit les yeux la première. La fée dormait dans une clochette de fleur, roulée comme une virgule. Une question passa tout près de son nez — argentée, tremblante — et lui chatouilla la joue. Elle sourit dans le noir. Puis elle enfila ses chaussons, prit un bocal vide sur l'étagère et souffla sur la poussière.

« Sorin… Sorin, réveille-toi. » Faye pencha la tête vers le creux du vieux chêne. « La nuit des questions est arrivée. Il y en a partout. Elles se cognent aux étoiles, elles se prennent dans les toiles d'araignée… et si personne ne les ramasse, elles vont tourner en rond jusqu'au matin. »

Dans le creux de l'arbre, une petite lueur s'étira. Sorin ne marchait pas : il flottait, comme une bougie qui aurait appris à voler. Sa lumière était douce, un peu dorée, le genre de lumière qui réchauffe le bout des doigts. Il bâilla — — et sa lueur trembla, puis redevint toute ronde.

« Des questions ? » Sorin se frotta l'endroit où seraient ses yeux, s'il en avait eu. « Combien, exactement ? » « Parce que la dernière fois, tu as dit trois, et il y en avait quatre-vingts. Et deux d'entre elles étaient très, très bavardes. »

Faye leva le bocal vers le ciel, sans répondre. Il n'y avait pas besoin de répondre. Au-dessus de la clairière, l'air entier scintillait. La lune avait l'air poudrée. Des centaines de petites ailes tournaient lentement, comme de la neige qui aurait oublié de tomber. Sorin fit « oh », tout doucement.

Ils partirent ensemble. Faye devant, le bocal serré contre elle. Sorin derrière, éclairant les racines pour qu'elle ne trébuche pas. La forêt les regardait passer. Un hérisson entrouvrit un œil, vit la petite lumière dorée, et se rendormit aussitôt — parce que les nuits où Sorin est réveillé sont des nuits sûres.

Warmnest— 1 / 8 —
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